Kim et Jean Tran, mariés avec la science – Le Monde

By admin on May 28, 2013

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Le Monde – En août, le couple de scientifiques Kim et Jean Tran Thanh Van d’origine vietnamienne va ajouter une nouvelle ligne à un CV déjà bien rempli. Bien que retraités du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) depuis plus de dix ans, ils iront inaugurer dans leurs pays d’origine, le Vietnam, un Centre international de congrès. Fièrement, le couple dévoile son programme et le plan harmonieux de ce lieu destiné « à faire du Vietnam un point de ralliement pour la science et la technologie dans la région », explique Jean. Neuf Prix Nobel de physique seront présents, ainsi que des porte-parole des grandes expériences de physique qui ont fait l’actualité depuis un an : l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) avec la quête du boson de Higgs grâce aux instruments CMS et Atlas, et Planck pour les images d’un Univers 380 000 ans après le Big Bang.

Quelques jours auparavant, des spécialistes de la gravitation, de la cosmologie ou des nanosciences auront essuyé les plâtres de l’auditorium (300 places) et de la salle de conférences (100 places), installés sur un terrain de 20 hectares, en bord de mer et de rizière sur la commune de Quy Nhon, au centre du pays.

UN SACRÉ CARNET D’ADRESSES

Devant ce plateau de chercheurs, on réalise que les deux chevilles ouvrières, sous leurs airs souriants et modestes, sont de grands organisateurs avec un sacré carnet d’adresses. « Avec presque rien, on peut tout faire. Nous avons la foi !, disent-ils quand on leur demande leur secret. Notre qualité, c’est l’inconscience. Nous croyons à des choses hautes et cherchons toujours plus. » Leur force de conviction a permis d’obtenir de la région le terrain gratuitement. L’architecte, Jean-François Milou, se fait seulement défrayer. Même le maître d’oeuvre leur a fait des facilités. « Pour la suite, nous verrons », explique Jean en montrant les plans d’une résidence, d’un hôtel, de terrains de sport, d’un planétarium…

« Nous labourons, nous ramassons la terre et nous progressons », résume Kim. Leur méthode, éprouvée depuis près de cinquante ans, fonctionne. Ils sont en effet connus pour avoir mis sur pied, en 1966, un nouveau type de conférences, les Rencontres de Moriond, qui rassemblent aujourd’hui, chaque mois de mars aux Arcs (Savoie), près de 400 intervenants. Cette année, CMS et Atlas y ont exposé leurs derniers résultats sur le boson découvert en 2012.

« FAVORISER L’ÉCHANGE »

« En 1965, nous cherchions à passer des vacances à la montagne. Comme le prix était à cette période le même pour quinze jours ou un mois, nous avons réservé le mois pour l’année suivante. Alors pour occuper mes amis physiciens, on a voulu mélanger le travail et le plaisir et favoriser l’échange entre théoriciens et expérimentateurs », se souvient Jean, lui-même physicien des particules à Orsay. « L’autre caractéristique est la place accordée aux jeunes car ce sont eux qui font les exposés », précise Jean. « On était avant 1968 et c’était révolutionnaire ! », ironise Kim. Cette biologiste lancera la même idée dans son domaine avec les Rencontres de Méribel (Savoie).

« Les échanges pendant la pause de l’après-midi, sur les skis ou à l’hôtel, ce n’est pas de la blague !, explique Jean-Marie Frère, physicien de l’Université libre de Bruxelles, devenu coorganisateur de ces Rencontres. Aborder les gens dans ce cadre est plus facile. Souvent les jeunes chercheurs y ont donné leurs premiers exposés devant de plus chevronnés qu’eux. »

« VISIONNAIRES ET TRAVAILLEURS ACHARNÉS »

Michel Spiro, ex-président du conseil du CERN, fut l’un d’eux. « Ce fut assez rocambolesque car j’ai donné mon exposé après être descendu en rappel d’un télésiège en panne, raconte-t-il. Plus sérieusement, on doit aux organisateurs d’avoir créé un « esprit Moriond ». Ils ont le souci du moindre détail, depuis le logement, les repas, en passant par les invitations. Ils font tout en disant qu’ils ne font rien. » « Ce sont des visionnaires et des travailleurs acharnés. Au début, c’est difficile de travailler avec eux car ils ont un coup d’avance », se souvient Nicole Ribet, ingénieure d’études du CNRS à la retraite, qui a assuré le secrétariat au début des Rencontres de Moriond. « Je ne suis pas un chef. Je suis un simple soldat », tempère Jean.

La volonté des Tran ne s’est pas arrêtée là. En 1989, ils lancent les Rencontres de Blois, au château de la ville, pour ouvrir la réflexion scientifique à un plus large public, mais aussi sur des thèmes plus variés et toujours avec des invités prestigieux. Cette année, ces rencontres s’achèvent le 31 mai sur le thème de la cosmologie et de la physique des particules.

ENGAGEMENT

Peu après, ils ont créé les Rencontres du Vietnam avec le même « esprit Moriond », dans le but de développer les échanges scientifiques et éducatifs entre le Vietnam et le reste du monde. Ils ont aussi introduit les méthodes pédagogiques de la fondation La Main à la pâte, fondées sur l’expérience, auprès de 1 500 instituteurs locaux. Le ministère de l’éducation en a d’ailleurs repris des éléments pour les prochains programmes scolaires.

Pour leur pays, qu’ils ont quitté à l’âge de 17 ans (en 1953 pour Jean) et de 18 ans (en 1954 pour Kim), leur engagement est ancien. Ils se sont d’ailleurs rencontrés à Paris, en 1958, dans une association humanitaire franco-vietnamienne en vendant notamment des cartes postales de soutien. En mai 1970, ils créent ensemble Aide à l’enfance au Vietnam, une association qui construira des villages d’orphelins sur place.

« Ils ne sont pas seulement de brillants organisateurs et facilitateurs. Ils ont été aussi de brillants scientifiques », rappelle Jean-Marie Frère. Ainsi Jean a élaboré un modèle pour décrire la structure du neutron à une époque où l’on pensait que c’était une particule élémentaire. Kim, en tant que biologiste spécialiste de la floraison, a eu les honneurs de la presse en 1974 (dont Le Monde du 27 mars) pour son travail sur les orchidées. « Kim a eu cent fois plus de publications que moi », ironise Jean en concluant : « Nous sommes plus occupés maintenant qu’avant. Sans doute avons-nous aussi conscience que le temps est limité. »

(Source: http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/05/27/kim-et-jean-tran-maries-avec-la-science_3418198_1650684.html)